Rappels historique
La Révolution Française de 1789 fut suivie, le 15 mars 1791 de la promulgation du décret d’Allarde, qui supprimait les corporations et de la "loi le Chapelier" le 12 juin, qui interdisait le droit de coalition des métiers et les grèves sur le territoire national métropolitain et toutes les colonies Françaises
Par ailleurs, cette loi instaurait un marché du travail caractérisé par un déséquilibre entre ouvriers et employeurs, ces derniers pouvant fixer les salaires et licencier sans entraves alors que les ouvriers ne disposaient que de leur force de travail. C’était cela l’un des premiers résultats de la Révolution
Cette loi de la Révolution a retardé en France la constitution d’un système de relations professionnelles et interdisait de fait les syndicats purement et simplement.
C’est le 21 mars 1884, soit 36 ans après l’abolition de l’esclavage colonial, et à l’initiative de Waldeck-Rousseau, Ministre de l’intérieur sous le second gouvernement de Jules Ferry, que la loi légalisant les syndicats professionnels ouvriers et patronaux fut adoptée et promulguée (« loi relative à la liberté des associations professionnelles ouvrières et patronales »).
La Loi de départementalisation de 1946 proclame, 62 ans plus tard, l’assimilation des citoyens Guadeloupéens et Martiniquais à la nation française, instituant une forme de décolonisation inédite.
Ce n’est qu’en 1996, 50 années encore plus tard, sous la présidence de Jacques Chirac que les Guadeloupéens et les Martiniquais obtiennent une égalité de droit complète avec les Français de métropole et l’accès complet aux mêmes aides sociales. Le SMIC ultramarin est alors aligné sur celui de France métropolitaine. Il était temps !!! Quel mépris prolongé vis-à-vis de ces peuples.
Héritage colonial et réalité des instances de pouvoir social contemporain
La fondation, le 2 décembre 1973, de L’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) s’inscrit, par exemple, dans la logique et la tradition d’un système mis en place en 1884, par le gouvernement alors toujours colonialiste, et anciennement esclavagiste, de la France.
Ce syndicat est ainsi toujours, techniquement, et historiquement, l’héritier, et l’un des vecteurs actifs directs, de l’une des valeurs fondamentales de l’état Français telles qu’elles existaient à l’époque des colonies, et avant le début du XXème siècle.
Depuis son origine, l’UGTG est dirigée par des militants issus du mouvement indépendantiste Guadeloupéen. Aujourd’hui l’UGTG est le syndicat majoritaire en Guadeloupe. Elle a obtenu 51,67 % des voix aux élections prud’homales du 3 décembre 2008 et exerce ainsi légitimement les prérogatives afférentes à sa représentativité démocratique.
Dans le contexte de 1973, en l’absence de l’égalité de droit complète avec les Français de métropole et de l’accès complet aux mêmes aides sociales, la légitimité de certaines des revendications, et des luttes menées dans cet objectif par ce syndicat, et d’autres en Guadeloupe, ainsi que dans les autres DOM-TOM, s’inscrivait dans une logique historique, et la nécessité de résoudre des inégalités flagrantes.
Dans le contexte antérieur à 1996, l’évidence de la continuation de l’existence d’une République à deux niveaux (celui de la métropole et celui des DOM-TOM), perpétrant ainsi toujours des valeurs coloniales, malgré l’évolution de 1946, induisait une réalité incontestable, d’ailleurs dénoncée, au nom de l’ensemble des DOM-TOM, par Walter Guitteaud, représentant du politburo du parti communiste Martiniquais lors de la publication de son pamphlet, édité au profit des oeuvres du syndicat des P et T CGTM, préfacé le 16 février 1993 par Serge Ménil, ancien Président du CCEE (Conseil de la Culture, de l’Education et de l’Environnement de la Région) jusqu’à 2005, et ancien Secrétaire Général du Syndicat des Enseignants en Martinique, et qui est et intitulé « Non à l’intégration ».
Dérapages malheureux mais ni démentis ni jamais corrigés ou rétractés
Le document publié par Mr. Guitteaud est sous-titré « Le Peuple Martiniquais a les moyens de commencer avantageusement avec l’Europe s’il gère lui-même ses affaires ». Il se présente au premier abord comme une analyse des contraintes économiques de la Martinique, et de la faisabilité, et de la pertinence, ou non, de son statut de DOM au sein de l’Europe, un an après le référendum sur le traité de Maastricht.
Dès la page 5 du document, le ton est cependant donné, et la thèse ici soutenue évolue du domaine économique et social, abruptement, vers le domaine de la thèse de la théorie de la « purification » sociale, voire à la limite de la considération du principe de la purification ethnique pure et simple :
« L’intégration européenne conduira à une évolution démographique qui peut modifier à terme très sensiblement la proportion de ressortissants de la C.E.E. en Martinique. Elle signifiera un renforcement du processus d’assimilation, menaçant l’authenticité culturelle du «Peuple Martiniquais».».
En page 13, l’auteur va plus loin, après avoir précisé en exergue que cette dernière proposition est directement issue des conclusions tirées de la Charte d’actions unitaires des organismes des directions syndicales de la C.D.M.T, la C.F.T.C., la C.G.T.M., la F.E.N. et l’U.G.T.M., signée le 1er mai 1989 :
« Si la solidarité ethnique est naturelle, elle peut jouer dans les deux sens et on voit où cela nous mènerait. La libre circulation des personnes entre l’Europe et la petite Martinique, crée des conditions maximales de transformation du peuplement à la Martinique. C’est un devoir pour nous de trouver la solution à ce problème qui met en cause l’existence même du peuple Martiniquais. ».
Que signifient ces deux propositions ?
Est-ce « non à l’intégration de la Martinique à l’Europe », ou bien est-ce « non à l’intégration des Européens, et des citoyens Français non nés ici, en particulier, à la Martinique » ?
Imaginons le porte-parole Languedocien d’un mouvement politique qui aurait exprimé par écrit les mêmes propos que Mr. Guitteaud en 1993, et aurait déclaré, ou déclarerait même aujourd’hui, que « la libre circulation des personnes entre la Martinique et la région Languedoc-Roussilon crée des conditions maximales de transformation du peuplement en Languedoc-Roussilon ». Et aurait ajouté « C’est un devoir pour nous de trouver la solution à ce problème qui met en cause l’existence même du peuple Français. ».
On l’aurait condamné, et on le condamnerait aujourd’hui à une amende et de la prison ferme, en vertu des dispositions du Code pénal de la République Française.
Ce document est toujours publié, en 2012, et d’ailleurs en exergue, sur le site Internet de la CGTM, et aucun document relatif à la transformation de statut de droits et d’aides sociales, de 1996, n’y est en revanche publié (sauf erreur ou omission de l’auteur de cet article). Il n’y a pas non plus eu de rétractation quelle qu’elle soit des propos délibérément xénophobes qui y sont publiés.
Le lien en est : http://www.cgt-martinique.fr/syndicat-cgt-martinique-cgtm-prises-positions.asp#
Pourquoi et comment de telles déclarations restent-elles publiées en 2012 ?
Contresens délibéré dans l’utilisation des références historiques ? Status-quo voulu ?
Dans ce même pamphlet, Mr. Guitteaud dénonce : « …il ne s’est trouvé aucune tendance pour rendre hommage à la Révolution en mettant un terme à l’hypocrisie du système colonial Français, avec ses DOM/TOM, etc. Les mânes des révolutionnaires de 1789 auraient tressailli d’orgueil si, volontairement, ce système se transformait en une union de peuples libres, volontairement liés par la fraternité et des intérêts réciproques. Cette union française deviendrait à nouveau, pour tous les peuples du monde, l’un des phares de l’humanité.» (page 16).
Ce n’est pas la Révolution Française qui a consacré la possibilité de réaliser l’union de peuples libres. La révolution Française, avec les décrets et lois de 1791, n’aurait jamais permis de répondre aux besoins de peuples volontairement liées par (…) des intérêts réciproques (économiques et sociaux).
Le système colonial Français était au contraire soutenu et validé par les dispositions législatives post-Révolutionnaires, et la protection de principes de limitation des droit de coalition des métiers et des grèves était à l’époque le fer de lance d’un modèle de société castrateur de toute possibilité d’émancipation et de développement économique et social, surtout au sein des communautés Guadeloupéennes et Martiniquaises.
En 1992, aucune tendance politique en France n’aurait été assez limitée dans sa vision et sa connaissance de l’histoire, pour faire une telle déclaration et rendre un tel hommage à la Révolution, alors que c’est précisément l’action de plusieurs gouvernements au fil du temps (1848, 1884, 1946, et 1996) qui ont permis, et précisément aux citoyens de la République présents sur les terres de la Guadeloupe et de la Martinique, d’obtenir l’égalité de droit complète avec les Français de métropole et l’accès complet aux mêmes aides sociales qu’eux.
C’est certainement grâce à l’action continue de personnes telles que Mr. Guitteaud, par exemple, que la réforme finale induite sous l’autorité du Président Chirac a pu aboutir, et l’exemplarité de leur action et de leur contribution au développement social à la Guadeloupe et à la Martinique doit être saluée et respectée, par tous, car ils sont les acteurs de ce succès pour les populations de ces régions.
C’est l’état Français, certes toujours colonialiste, mais plus esclavagiste, à l’époque de 1884, qui a donné à des personnes comme Mr. Guitteaud, et à tous les syndicalistes, le droit et la capacité incontestée de s’organiser, de s’exprimer, et de combattre les inégalités et les injustices sociales.
Depuis 1996, tout a ainsi changé. Mais personne n’en parle.
Depuis 1996, la dernière trace de l’influence de l’ancien état colonialiste Français a à jamais été effacée relativement au statut, et aux droits des Guadeloupéens et des Martiniquais. Cela fait donc plus de 16 ans. Une génération.
Pourquoi donc des groupements de personnes qui n’existent que parce que le système colonialiste leur a donné le droit de s’organiser en syndicats, et qui sont ainsi des groupes nés de ce système, comme le sont les Békés, et les Européens, qu’ils fustigent et diabolisent à égalité ad nauseam, alors qu’il ne s’agit en leur personne morale de syndicats que d’une autre caste elle aussi créée par un régime colonialiste, continuent ils à dénoncer ce système et à accuser l’état Français de le perpétuer ?
Pourquoi donc cette génération née à la Guadeloupe et à la Martinique depuis 16 ans, et qui va atteindre la majorité en 2014, n’a-t-elle pas été éduquée à ce sujet par ses aînés, qui connaissent parfaitement l’histoire et ses évolutions récentes en la matière ?
Pourquoi n’y a-t-il pas eu un effort concerté de ceux qui se présentent comme les chantres des peuples Guadeloupéens et Martiniquais pour développer un programme d’éducation civique destiné à effacer les plaies du passé et à reconnaître les bienfaits des avancées en matière de droits et de droits sociaux depuis les 15 dernières années ? Les talents locaux et les personnes aptes à le faire existent pourtant.
Cracher sur la France, abuser du terme « colonialisme » et galvauder les esprits
Le 15/07/2012 sont publiées les propositions suivantes, par le LKP de Guadeloupe, sur Facebook :
« …le représentant de l’état colonial Français vient de décider… »
« …la logique coloniale en faveur d’une majorité de pwofitan. »
https://docs.google.com/open?id=0BwhzniTZWbmfR1k1cmJndHd5MVk
Le LKP, Liyannaj Kont Pwofitasyon (« Collectif contre l’exploitation outrancière ») est un collectif Guadeloupéen qui regroupe une cinquantaine d’organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de la Guadeloupe. Ce collectif est à l’origine de la grève générale de 2009 qui a touché l’île entre le 20 janvier et le 4 mars.
Son porte-parole est Élie Domota qui est le secrétaire général du syndicat majoritaire de la Guadeloupe, l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG). Élie Domota est aussi directeur adjoint du pôle emploi de Morne-à-l’Eau, Guadeloupe
Des collectifs avec des revendications similaires ont été créés en Martinique (Collectif du 5-Février), à Saint-Martin (Collectif du 11-Février) et à La Réunion.
Le LKP, son porte-parole, et les organisations solidaires citées, sont ainsi tous soit des émanations historiques de l’ancien état colonial Français, pré 1996, soit individuellement des salariés de l’état post-colonial Français, depuis, et/ou avant 1996. C’est un état de fait que personne ne peut contester. Pourtant ils vomissent sur le système qui les a mis au pouvoir…
De la même manière que Mr. Guitteaud dans son pamphlet précité, ces personnes morales ignorent délibérément de faire référence aux profonds changements de droits et de droits sociaux, et à l’égalité enfin reconnue en 1996 aux Guadeloupéens et aux Martiniquais avec tous les autres citoyens Français, et se permettent de continuer à utiliser les termes d’ « état colonial » et de « logique coloniale ».
Ils auraient certainement raison de le faire s’ils faisaient référence à leurs propres statut de personnes morales aujourd’hui, et cela c’est incontestable, cela dit personne ne leur demande de faire amende honorable en la matière et tout le monde respecte qu’un voile et un silence pudiques soient laissés sur ce sujet. Et le droit de s’exprimer ne leur est pas contesté, jamais.
En dénonçant une décision Préfectorale, certes contestable et questionnable en matière de santé publique, et en y associant le terme « colonial », le LKP utilise un lieu commun, un concept, un principe, et une référence dépassés en 2012, et joue en fait sur la « corde sensible » des lecteurs Guadeloupéens et Martiniquais, ou comme moi venant de « l’extérieur », de leur publication.
La violence des mots de plus employés par le LKP dans son communiqué est inquiétante. Les mots « droit de tuer », « légitime défense », « et se donneront les moyens de se défendre » font peur.
Refus de participer à l’évolution de la société ou volonté de conserver du pouvoir personnel ?
Comment rester complice par le non-dit, ou la peur de remettre en question des castes syndicales et un modèle de société qui n’a pas le courage d’assumer sa condition présente, et pourquoi refuser de reconnaître que chaque individu présent, ou né, sur les terres de Guadeloupe et de Martinique est le descendant d’une société et d’une civilisation dont les plaies sont certes réelles mais appartiennent à un passé révolu depuis longtemps, nommément le passé colonial ?
En novembre 1989, Aimé Césaire, Député de la Martinique, a déclaré à l’Assemblée Nationale : « Ce qui importe, c’est que les peuples soient consultés, démocratiquement consultés. ».
Césaire avait une vision claire de son présent, et du futur des communautés de la Guadeloupe et de la Martinique. Depuis sa déclaration de 1989, les peuples de la Guadeloupe et de la Martinique ont été démocratiquement consultés.
La majorité des citoyens Français de la Guadeloupe et de la Martinique ont exprimé clairement par leurs vote successifs le fait qu’ils avaient compris que la « France colonialiste » c’était fini maintenant, depuis longtemps, et que même s’il subsiste des plaies à ce sujet, le moment est venu de tourner la page de l’histoire.
Qui a donc intérêt à ce que la situation ici demeure « pourrie » par le maintien du spectre du démon esclavagiste et colonialiste, et qui a intérêt à ce que les Guadeloupéens et les Martiniquais titulaires d’une carte d’électeur restent frustrés et parfois « misérables », et se voient sans arrêt leur horloge émotionnelle remise à zéro ?
Pas la France. Elle l’a prouvé. Pas les Békés. Ce ne sont pas eux qui mettent les grèves en action.
Et même si certains diront que les Békés ont beaucoup de pouvoir économique, et possèdent des entreprises, ce n’est pas à leurs descendants aujourd’hui, auxquels il faut « en vouloir ». C’est ridicule. Ils n’ont pas plus demandé à naître Béké qu’un autre a demandé à naître descendant d’esclave, ou à naître Chinois à Pékin, ou moi d’être né Juif. Faut arrêter le délire. Chacun existe tel qu’il est né sur cette planète et fait les efforts qu’il peut pour y vivre, en essayant de vivre avec son temps et les autres.
C’est aussi cela la différence entre 1848 et 2012. Et personne n’a d’excuses à demander à quiconque.
En fin de compte…
Qui est payable pendant 47 jours de grève et décide de l’arrêt d’une grève générale après 45 jours ?
Qui sont les autres héritiers du pouvoir colonialiste, en place aujourd’hui, permanents de syndicats, élus en mandats cumulés au Conseil Régional et au Conseil Général, Présidents de plusieurs organisations publiques ou semi-publiques, siégeant au Conseil d’administration de banques, à la direction d’hôpitaux, ou propriétaires d’entreprises locales de distribution de carburant, à la fois sur les territoires de Guadeloupe et de Martinique ?
Garder les peuples dans l’ignorance et galvauder leur intelligence ne peut résulter qu’en une seule chose : se faire rejeter et écarter du pouvoir par eux au final.
Voila. Je ne fais pas peut être pas me faire que des « copains » en publiant cet article, mais je n’ai pas de copains, je n’ai que des amis. Et des amis j’en ai parmi des milliers de Guadeloupéens et de Martiniquais nés sur ces terres. Et ils savent que le « colonialisme » entre nous c’est mort et enterré depuis très longtemps.
Plis Foss.

