Archives de décembre, 2011

 

Français

L’un se demande comment il pourrait monter, du sol, sur le dos d’un chameau, et il ne voit en cette monture qu’un moyen de se déplacer plus rapidement pour traverser le désert.

L’autre, en contraste, apprend au chameau à s’asseoir, puis il lui apprend à se relever. Il s’éduque ainsi lui-même, et il forme de même sa monture, pour naviguer à travers le désert.

Tout est précieux dans le désert. La seule richesse personnelle qui puisse y être transportée est celle de la beauté. Vouloir y convoyer toute autre possession matérielle est une folie car ni homme ni bête ne survivront chargés de biens, dans cet univers aride et brûlant de soleil. C’est pourquoi le nomade prend particulièrement soin de sa personne, et de son âme, alors que le sédentaire s’acharne plutôt à l’accumulation des objets et des pensées.

L’un qui s’aventure dans le désert emmènera deux chameaux : le premier pour sa monture et le second pour transporter son matériel et une réserve d’eau, afin de pouvoir y survivre.

L’autre ne se préoccupera que de connaître et de trouver les points d’eau pour y abreuver sa seule monture, pouvoir s’y reposer et se régénérer, et ainsi continuer sa route.

Ainsi le désert est-il traversé par deux catégories bien distinctes de personnes. Les unes n’y passent que pour chercher à en sortir, alors que les autres en font leur territoire. Pour les uns le désert à une entrée et une sortie, un commencement et une fin. Pour les autres il n’est qu’un espace homogène, infini, dans lequel ils trouvent leur place de manière continue. C’est pourquoi le nomade vit dans le désert, alors que le sédentaire ne fait qu’y rêver.

Le désert n’a que deux saisons : le jour et la nuit. Il naît chaque matin au lever du soleil et il disparaît dans le froid au lever de la lune. Ainsi il inspire et expire de manière immuable et reste dans la permanence de son état à tout moment.

Le monde hors du désert est par contre soumis au cycle des quatre saisons. Il s’épuise ainsi à naître, à grandir, à resplendir puis à vieillir. Ainsi il ne connaît jamais sa pérennité et s’interroge constamment sur sa propre réalité, sans jamais pouvoir trouver de réponse.

 

English translation

One wonders how he could rise from the ground and climb on the back of a camel. He sees the camel in this way as a mere means to move faster to cross the desert.

The other, in contrast, teaches the camel how to to sit, then he teaches the camel to stand up. He educates himself, and his camel as well, to navigate through the desert.

Everything is precious in the desert. The only personal wealth that can be transported in a desert is beauty. Wanting to convey any other material possession is folly for neither man nor beast will survive loaded with goods, in this arid universe scorched by the burning sun. This is why the nomad takes special care of his person, and soul, while the more sedentary persists in the quest for accumulation of objects and thoughts.

One who ventures into the desert take two camels: one to ride for himself and the second to carry his equipment and a supply of water in order to survive.

The other will be concerned to know and to find points of water for his only camel to drink, and for himself being able to rest and regenerate, and so continue his journey.

The desert is therefore crossed by two distinct categories of people. Some go there for trying to escape away from it, while others make it their territory. For some the desert has one entrance and one exit, a beginning and an end. For others it is a homogeneous space, infinite, in which they find their place continuously. That is why the nomadic live in the desert, while the sedentary carry on dreaming about it.

The desert has only two seasons: day and night. It comes to existence every morning at sunrise and it disappears in the cold at moonrise. So the desert breathes in and out in an  immutable way, and it remains in the permanence of its condition at all times.

The world outside of the desert is submitted to the cycle of four seasons. It runs out to be born, grows, shines and then it ages and dies. So it never knows its durability and constantly questions its own reality, without ever finding an answer.

 

La célébration de la fête de Hannukah, qui se déroule selon les années entre la fin du mois de novembre et la fin du mois de décembre, trouve ses origines à partir de l’an -165 du calendrier Grégorien.

Le Second Temple de Jérusalem ayant été pillé, suite à la guerre civile opposant les Juifs traditionalistes aux Juifs hellénisés, et la pratique du Judaïsme ayant été interdite à partir de -167, sur les ordres d’Antiochus IV Epiphanes, dirigeant de l’empire Séleucide, un autel à la gloire de Zeus fut élevé dans le temple, et des porcs y furent sacrifiés pendant environ deux ans.

La révolte des Juifs, menée en particulier par Yehuda HaMakabi (« Judah surnommé Le Marteau »), qui s’ensuivit contre le pouvoir Séleucide, eut comme conséquence la réouverture et la réhabilitation du Temple comme lieu de culte Juif en -165.

– Le Livre des Maccabées, volume 1, (rédigé entre -175 et -134) nous révèle qu’une célébration de 8 jours fut alors décidée, afin de compenser pour les 2 années célébration des fêtes de « Sukkot » et de « Shemini Atzeret » qui n’avaient pu tenir place faute de lieu de culte et en raison de l’interdiction de la pratique du Judaïsme.

– Le Talmud, dont la rédaction (Mishna, premier volume de la consignation par écrit des traditions orales Judaïques) commença plus de 300 ans après cet évènement, relate le fait que de l’huile d’olive fut utilisée en -165 pour servir de combustible dans les chandeliers (menorah) qui devaient se consumer durant 8 jours consécutifs dans le temple. Or selon le Talmud les Juifs ne disposaient pas d’assez d’huile d’olive pour cette durée. Toujours selon le Talmud, les chandeliers brûlèrent cependant durant 8 jours et 8 nuits consécutifs et c’est ce miracle qui fit décider aux Juifs d’instituer une fête récurrente annuelle par la suite.

Note : pour le lecteur qui n’est pas familier avec la religion Juive, il existe un ouvrage antérieur aux Livres des Maccabées et au Talmud, la Torah (« Ancien Testament »), dont la rédaction fut achevée vers -200), et qui ne fait évidemment pas mention de ces faits postérieurs.

Il est consigné dans la tradition Juive le fait qu’ « une Mitzvah (un des 613 commandements du Créateur) est une bougie, et la Torah est la lumière ».

Il est aussi consigné dans la tradition Juive que « l’âme de l’Homme est la bougie du Créateur ».

Dans les temps anciens, les rues des villes étaient éclairées par des lampes a huile, et il y avait une ou des personnes responsables de la mise en service et de l’extinction de ces lampes dans chaque communauté urbaine. Ces personnes utilisaient un brûleur installé au bout d’un long bâton pour réaliser ce travail.

Les lampes à huile étaient ainsi disposées prêtes à l’usage, attendant simplement d’être activées.

Dans les temps anciens, il y avait aussi d’autres lampes a huile, par exemple au sommet des phares ou bien même sur la mer. On allumait des feux sur les plages aussi pour éloigner les vaisseaux, leurs cargaisons et leurs passagers des côtes dangereuses.

Il y a aussi d’autres lampes qui se trouvent dans des endroits interdits ou isolés, tels les déserts.

Il doit toujours se trouver quelqu’un pour allumer toutes ces lampes, afin qu’elles puissent remplir leur fonction et éclairer le chemin des autres.

L’âme de l’Homme est la bougie du Créateur, nous enseigne ainsi la tradition. Telles les lampes ou les phares, nos âmes sont aussi toujours prêtes à être éclairées. Parfois l’âme de notre prochain est juste à côté, accessible, et parfois elle est perdue au milieu d’un désert ou à la dérive sur un océan.

L’enseignement de la tradition Juive nous apprend qu’il doit toujours se trouver quelqu’un pour allumer les lampes que sont nos âmes. Cet enseignement nous apprend aussi que celui ou celle qui se charge de cette mission doit souvent oublier son confort et ses priorités, pour, tel l’allumeur de réverbère avec son bâton, faire un effort afin d’atteindre le Vaisseau dans lequel brûlera la flamme.

– A partir du 17ème siècle, sous l’influence de Israel ben Eliezer (1698–1760), puis au 18ème siècle, sous l’influence de Rabbi Isroel « Baal Shem Tov » ben Eliezer (רבי ישראל בן אליעזר ; né le 22 mai 1760) le mouvement Hassidique « orthodoxe » Juif a pris forme, et celui çi justifie une partie de sa doctrine sur la privilégiature de l’individu et de sa sincérité intrinsèque, ainsi que sur la mise en prépondérance de la sainteté « cachée » de l’homme ordinaire. Ceci s’inscrit en contradiction avec la tradition Judaïque « légalistique » ancienne, qui concentrait la pratique religieuse sur la seule et stricte observance des préceptes du Talmud, et sur le confinement du privilège de communiquer et de réaliser les commandements du Créateur à une élite lettrée, régulière et non séculière, et investie de pouvoirs quasi prétoriens.

La signification de l’origine, de la pérennité et de la pertinence de la célébration de Hannukah parmi les Juifs peut alors être mieux comprise. Les messages du Livre des Maccabées, de la tradition orale Juive et du Talmud deviennent clairs. En effet, point n’est besoin d’être un « Chassidim » (un Juif Hassidique « orthodoxe ») ni d’être un Juif se prévalant d’une autre modalité du Judaïsme quelle qu’elle soit, pour être en mesure de réaliser la mission dont le Créateur a investi l’Homme.

La mission de tout Juif qui exerce sa foi est ainsi simplement d’assurer cette fonction de vecteur de l’illumination de l’autre.

La Providence Divine a précisément amené les Juifs, à travers l’Histoire, aux quatre coins du monde et dans les endroits les plus inattendus, à travers les déserts et les mers, comme il est d’ailleurs décrit dans la Torah (l’Ancien Testament), afin qu’ils puissent réaliser cette mission.

Tel est d’ailleurs, à mon avis, l’un des sens du concept de « Peuple élu », qu’il ne faut alors pas prendre au premier degré (dans l’interprétation sémantique du « seul » Peuple qui serait « élu », que certains Juifs adoptent avec une arrogance déplacée), mais bien au contraire considérer dans la perspective « d’un Peuple élu parmi les autres » pour la seule raison qu’il connaît cette vérité depuis sa genèse et que sa mission, et le bien-fondé de son existence et de sa pérennité, sont précisément justifiés par sa connaissance et la pratique, avec joie, de son devoir envers son prochain et envers l’Humanité.

Ainsi, Hannukah, le « Festival des Lumières », prend-il toute sa signification et sa splendeur.