Un plan en béton…

► Premièrement, je pris donc, durant l’été 2006,  le problème à bras-le-corps, et decidai de trouver une seconde activité qui me permettrait de boucler les fins de mois tout en conservant la capacité de continuer à travailler sur le développement de mes produits de formation et à enseigner la plupart de mes cours d’Arts martiaux et de sport.

C’est gràce à Derek TISDALE, qui travaillait pour moi en qualité d’instructeur de Ju Jutsu Brésilien au gymnase de Chinatown, que je trouvai la solution et m’engagea dans une activité que je n’avais jamais pratiquée auparavant.

Je devins tout d’abord ouvrier terrassier pour une société dans laquelle Derek travaillait comme directeur de la sécurite (Breckenrdige Concrete and Excavation). Nous construisions des sous-sols, des garages et des trottoirs en béton pour les ensembles résidentiels.

Nos clients étaint les 5 plus importantes sociétés de construction résidentielle de l’Alberta. Certains produisaient jusqu’à 100 maisons par mois. Lorsque je passe à travers certains quartiers de la banlieue de Calgary, je me souviens de l’époque où il n’y avait que la steppe des prairies sur des kilomètres à la ronde avant, et je suis fier d’avoir été l’un des acteurs de la fondation de ces lotissements.

Mon job était de remplir des brouettes de 😯 kgs de cailloux à partir d’un camion-benne, puis de pousser et vider lesdites brouettes aux endroits appropriés. Puis je devais descendre à la main dans les sous-sols (puis remonter…) un compacteur à essence pesant environ 65 kgs, et aplainir le terrain avant la coulée du béton.

J’avais 46 ans lorsque j’ai commençé ce travail et je mes suis félicité de m’être toujours maintenu en forme physique et de m’être entrainé pendant les 30 années précédentes à haut niveau dans les Arts martiaux. Sinon je n’aurais pas survécu une seule journée…

Après quelques mois, mes patrons ayant identifié que je pouvais mieux faire que pousser des brouettes, me donnèrent un ‘truck’ (camion) entièrement équipé et je devins préparateur de site. J’appris alors à réaliser les métrés et à préparer et mettre en place les structures métalliques de fondation pour le coulage du béton dans les garages résidentiels.

Le travail était toujours extrèmement intensif physiquement, car en plus du compacteur il fallait transporter à la main les barres de métal de 6 mètres de long du camion au site. Il fallait de plus creuser à la pelle des tranchées traversant les garages en préparation, pour y installer les barres de métal ( ‘rebar’) de fondation structurelle.

► Courant 2007, avec la chute du marché de la construction immobilière résidentielle à Calgary, je fus licencié avec la majorité de mes collègues et me retrouvai à la recherche d’une seconde activité professionnelle.

Ma traversée du désert ne dura qu’une heure ou deux…

Je fus immédiatement embauché par la société Ellis Don Forming Ltd., qui construisait une tour de 42 étages à deux pas de ma résidence au centre ville de Calgary (Jamieson Place).

Il est vrai que je m’étais présenté sur le site toujours en tenue de ‘combat’, casque de sécurité, chaussures armées et ceinture de charpentier avec le marteau de 28 onces à la taille. Je vis un contremaître, qui ressemblait à « SuperMario » (casque rouge, salopette et surtout la moustache et l’embonpoint)  auquel je demandai si le chantier embauchait et comme celui çi me répondit avec un fort accent slave je lui posa la question говорите русскому ? (parlez-vous Russe?). S’ensuvit une petite conversation entre nous, entreprise avec ma pratique du Russe ‘rouillé’ et au terme de laquelle Paul conclut en ces mots « tu as l’air d’un gars qui sait travailler et qui en veux, donc on va te donner ta chance ».

Le lendemain matin à 5 heures 30 je prenais mes nouvelles fonctions dans l’équipe du redouté contremaître Bobby, dont j’appris par la suite qu’il était le « trieur » de bons er de mauvais éléments en ressources humaines. J’ai vu des gars intégrer l’équipe le matin et se faire virer deux heures plus tard plus d’une fois…

Je commençai au plus bas de l’échelle, ouvrier manutentionaire, et mon job était soit de retirer les clous des planches de décoffrage et de transporter celles çi en stockage, soit de transporter sur l’épaule les barres ‘aluma’ d’échafaudage ((truss beams’, dont certaines mesurent environ 4 mètres 50 et pèsent un poids inhumain), soint enfin de charger ces barres et autres équipements lourds sur des chariots et de les pousser à la main avec mes coéquipiers parfois du 5ème sous-sol au rez-de-chaussée.

Aluma Beam

Comme je ne suis pas sujet au vertige, mon travail consistait aussi parfois à monter, équipé d’un marteau-piqueur pesant jusqu’à 50 kilos, au sommet des colonnes de béton qui sont coulées à chaque étage pour assurer la continuité structurelle de l’immeuble et à en égaliser la surface. Dans certains cas, on est par exemple avec en dessous de soi un vide de plusieurs étages de deux côtés, et à un étage de hauteur par ailleurs,  et il faut escalader au dessus du vide par dessus les armatures métalliques dépassant de la colonne d’une hauteur d’environ 1 mètre 20, pour pouvoir se placer au centre de la celle çi.

Je développai ainsi en l’espace de quelques mois une condition physique et une musculature étonnante pour un homme de mon âge. Travaillant 6 jours par semaine, 10 heures par jour du lundi au vendredi et 8 heures les samedis, et enseignant toujours mes classes d’Arts matiaux du soir trois fois par semaine, je développai aussi une apparence extérieure quelque peu négligée, par manque de temps pour me rendre au salon de coiffure ou chez la manucure.

La photo çi dessous, en compagnie de mon coéquipier Halim en atteste…

Je fus de nouveau remarqué par mes supérieurs et un des contremaîtres me proposa de rejoindre la ‘Union’ – syndicat corporatif traditionnel en Amérique du Nord – et de devenir Charpentier-Coffreur, et donc de sortir de la ‘mine de sel’ ainsi que de pratiquement doubler mon salaire.

Qui fut dit fut fait et bientôt je prêtais serment devant l’assemblée du Alberta Regional Council of Carpenters and Allied Workers, devenant officielement ‘Carpenter’ et membre du ‘Local 2103’ avec le matricule U 6672 5398.

J’intégrais alors l’équipe de Vinnie, qui était en fait le Chef du chantier de la tour Jamieson Place, et qui était un personnage haut en couleurs, d’ailleurs sorti de la retraite à plus de 65 ans pour conduire ce proejet, à la requête de la société Ellis Don.

Pour vous donner une idée de la personalité de Vinnie, c’était un petit homme d’origine Italienne et alors que le prénom de chacun d’entre nous etait inscrit sur nos casques de sécurité, sur une étiquette imprimée par le département des ressources humaines, le sien portait la mention « Ass Hole »  (trou de cul), et sur une étiquette en bonne et due forme, validée et imprimée par les RH.

Vinnie n’était pas du tout un Ass Hole et j’ai découvert un leader exceptionnel en sa personne. Il m’a confié des responsabilités auxquelles je ne m’attendais pas compte-tenu de ma « juniorité » dans le métier et j’ai appris beaucoup techniquement, ainsi qu’au sujet de la conduite du leadership et du management dans cet environnement professionnel, grâce à lui. Et il avait un vrai caractère de « cochon », c’est sûr.

J’appris ce métier ‘sur le tas’ et mon travail consistait soit à construire les ‘parquets’ recouvrant les structures de ‘tables’ d’environ 25 mètres de long par 10 mètres de large, ou plus (voir photo ci dessous) que l’on élevait à la grue d’un étage à l’autre, soit à métrer et découper les planches de bois assurant l’interface entre lesdites structures pour en faire un assemblage unique avant de couler la chappe de béton par dessus, soit de construire les coffrages extérieurs à l’ensemble de la structure.

Table

Après quelques semaines je fus promu, sur décision extraordinaire du Conseil de l’Union, Charpentier qualifié niveau 2ème année, ce qui est, je l’appris par la suite, exceptionnel (on débute comme apprenti pendant des mois, puis on passe normalement les étapes de qualification année calendaire après année calendaire).

Après une année entière passée sur ce chantier, je ne me sentais cependant plus prêt à subir une nouvelle saison d’hiver en faisant ce métier. En effet, à Calgary l’hiver débute généralement après le 31 octobre, et dure jusqu’à mai. Il y avait des jours où la température sur notre chantier était intenable, avec par exemple -25 Celsius au sol, et nous en extérieur 15 étages plus haut, et avec le facteur vent.

► C’est ainsi que fin 2008 je démissionai de mon poste de Carpenter et j’ai ensuite continué mon chemin en restant concentré sur mon objectif de terminer de transformer mes connaissances et mes capacités en un outil de travail pour devenir formateur professionnel en entreprise.

J’ai appris durant ces années la réalité du travail manuel et en équipes de production, expérience que je n’avais jamais vécue de « l’intérieur » auparavant, sauf dans des environnements militaires, ce qui est une chose entièrement différente.

Cette connaissance me permet de me positionner d’égal à égal avec ceux de mes élèves faisant partie des catégories professionnelles correspondantes, et de mieux comprendre leurs contraintes, leurs besoins et leurs aspirations, ainsi que de formuler mon message de formation de manière appropriée à leur égard.

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