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Pourim est l’une de mes fêtes préférées, à laquelle il est parfois fait référence d’être le « carnaval Juif », et je prends un plaisir à chaque fois renouvelé, tant à assister au service religieux à la synagogue à cette occasion, qu’à fêter la fin de la période de célébration.

En effet, tout d’abord, lors du service, et durant les deux heures environ que dure la célébration en synagogue, les participants sont invités à faire du bruit au moyen de trompettes, et de tout objet se trouvant à portée de la main. Ceci génère ce que l’on peut qualifier ‘un foutage de bordel’ total, qui entraîne une sorte d’hystérie collective, et déclenche des rires incontrôlables, tant au niveau de ceux qui sont assis dans la salle, qu’au niveau de celui ou de ceux qui officient en lisant la Méguila (le texte sacré consigné sur des rouleaux) dans l’enclos situé à cet effet au centre de la salle. Les enfants courent à travers la synagogue  et certains s’organisent en joyeuses bande ‘armées’ de crécelles, et aussi d’espèces de vuvuzelas déments desquels ils extirpent des sons à vous déchirer les oreilles. Le pandémonium devient parfois tel que l’officiant n’a par moments même plus la force de continuer à lire à haute voix, tellement il rit lui même.

De plus, et les instructions sont formelles dans la tradition Judaïque, et le Talmud, à la fin de la fête de Pourim, qui dure deux jours, nous devons festoyer, et boire du vin jusqu’à ce que nous soyons en état de totale ébriété. Des Hébreux en ébriété, quoi de plus naturel syntaxiquement et sémantiquement parlant, en effet ! J’oserai même le jeu de mots facile en ajoutant que c’est d’ailleurs à mon avis sémitiquement correct aussi.

Si vous ne trouvez pas cool une religion qui vous instruit de semer la bazar durant un service religieux, et vous prendre une cuite le lendemain, alors soit vous manquez totalement d’humour, soit c’est moi qui doit être distrait et quelque chose m’échappe. Je vais maintenant vous raconter pourquoi les Juifs se comportent de cette manière durant la fête de Pourim, ce qu’ils célèbrent vraiment, et le comment. du pourquoi.

La célébration de la fête de Pourim (hébreu : ימי הפורים Yemei haPûrîm « Jours des sorts »), qui se déroule selon les années soit en milieu de mois de février, soit en milieu de mois de mars, trouve ses origines à partir du IVème siècle précédant la date de départ du calendrier Grégorien.

Il s’agit d’une fête d’origine biblique mais d’institution rabbinique, et qui commémore les événements relatés dans le « Livre d’Esther ». Ceux-ci ont été vécus par les Juifs comme la délivrance miraculeuse d’un massacre de grande ampleur, planifié à leur encontre par  Haman l’Agaggite dans tout l’Empire perse au temps de sa splendeur.

Selon ce récit, dont certains jugent l’historicité douteuse, le roi Assuérus prend pour femme Esther bat AVihail, une belle jeune femme qui tient secrètes ses origines judéennes sur les conseils de son parent Mardochée. Celui-ci sauve le roi d’un complot.

Peu après, Haman, fils de Hamedata monte en faveur auprès du roi. Outré par le fait que Mardochée ne s’incline pas devant lui alors que le protocole établi par le roi l’y oblige, il fait publier au nom du souverain et avec son accord un impôt royal impossible à payer, à prélever sur les Judéens vivant dans les 127 provinces de l’empire achéménide (où vit la quasi-totalité de la population juive de l’époque) ; en cas de non-paiement, ils seront mis à mort et leurs possessions saisies.

Sur l’insistance de Mardochée, Esther vient trouver le roi (au péril de sa vie). Elle l’invite à un festin avec Haman sans dévoiler ses motifs et les convie à un second festin. Troublé, Assuérus se fait lire les annales royales pour occuper ses insomnies et prend connaissance de sa dette envers Mardochée. Il le récompense par des honneurs devant un Haman dépité. Lors du second festin, Esther dévoile son identité juive et le complot qui vise les siens. Haman est pendu à la potence même qu’il réservait à Mardochée et les Juifs sont autorisés à se défendre contre leurs assaillants. Après un jour de batailles, les Juifs célèbrent dans l’allégresse ces retournements du sort et une fête est instituée pour les générations à venir.

Première signification

L’histoire apparemment profane et décousue du Livre d’Esther décrit en réalité le plan d’un Dieu qui agit « en voilant sa face » (hébreu : הסתר פנים Hester panim). Le nom de l’héroïne fait d’ailleurs allusion à cette considération. L’affrontement entre Mardochée et Haman illustre et réactualise la lutte perpétuelle que se livrent Israël et Amalek (un peuple mentionné maintes fois dans l’Ancien Testament). L’ensemble du récit induit ainsi que la fête de Pourim célèbre en fait une rédemption bien particulière.

La rédemption de Pourim fait aussi écho à celle qui se produit un mois plus tard, à Pessa’h (voir mon article séparé au sujet de Pessa’h). À de nombreux égards, les rédemptions de Pessa’h et Pourim sont opposées. Dans la rédemption de Pessa’h, les Hébreux d’Égypte sont un peuple sans droit, sauvé par l’intervention directe de Dieu qui les fait sortir d’Égypte. Dans celle de Pourim les Juifs de Perse sont intégrés à leur nation et trouvent leur salut dans une intervention humaine qui renforce leur présence dans leur pays d’accueil.

Le pandémonium

Revenons-en à la question, plus légère, du vacarme durant la lecture de la Meguila. Jusqu’au XIème siècle, l’histoire retient qu’il n’était en fait pas question de faire du bruit durant l’office de Pourim. Cette tradition a été instaurée par les tossafistes (en hébreu בעלי התוספות, baaléi tossafot, auteurs des Tossafot, qui sont des gloses et commentaires de plus de 30 traités du Talmud) et qui étaient des rabbins médiévaux du XIème au XIVème siècle, localisés pour la plupart dans le centre historique du judaïsme ashkénaze, en France et en Allemagne.

Les Tossafistes instaurèrent la pratique de cogner des morceaux de bois sur lesquels était marqué le nom de Haman afin de se conformer au commandement biblique « d’effacer le nom d’Amalek, même du bois et de la pierre » ; cette pratique a évolué au fil du temps pour donner lieu à une cacophonie de sifflements, crécelles et autres manifestations bruyantes à la mention du nom de Haman durant le service.

Voilà donc ce qui se passe durant la lecture de la Meguila : dès que le nom de Haman est prononcé (et il l’est des centaines de fois dans le texte), on doit faire le plus de bruit possible.

Le festin et l’ébriété

Les rabbins ayant remarqué que le mishte (festin alcoolisé) figure de manière proéminente dans le Livre d’Esther, en concluent que « le miracle a eu lieu grâce au vin » ; par conséquent, les festins prescrits en fin de Livre doivent être fortement alcoolisés. Les instructions qui nous sont données sont que « l’on doit « se parfumer » (s’enivrer) à Pourim jusqu’à ne plus pouvoir distinguer « maudit soit Haman ! » de « béni soit Mardochée ! » » lorsque l’on prononce ces mots à voix haute.

Cette préscription rabbinique est aussi à l’origine des premiers chefs-d’œuvre de la littérature parodique Juive, dont la Massekhet Pourim ; rédigé au XIVème siècle par Kalonymus ben Kalomymus, qui était d’ailleurs un rabbin Provencal né à Arles en 1286, dans le style du Talmud, ce « traité de Pourim » prescrit de s’enivrer joyeusement et proscrit formellement l’eau. C’est par la suite que la tradition commencera à aussi inclure des pièces de théatre jouées en public à Pourim, et sur les bases desquelles le théâtre Yiddish commencera à se développer au XVIIIe siècle. En Italie, les célébrations mettant en scène l’exécution mi-solennelle mi-burlesque de Haman, par la mise à feu d’une effigie, fait place aux mascarades, introduites vers la fin du XVe siècle sous l’influence des carnavals romains.

Seconde signification

La journée de célébration de la fin Pourim se passe ensuite dans la liesse et l’exubérance, les échanges de cadeaux et les dons aux démunis.

L’envoi de colis alimentaires (hébreu : משלוח מנות Mishloah manot) incombe à toute personne ayant atteint la majorité religieuse (12 ans pour les filles, 13 pour les garçons), y compris les endeuillés. Il faut, pour s’en acquitter, envoyer au moins deux plats prêts à être consommés à une personne le jour de Pourim même (les femmes envoient aux femmes, les hommes aux hommes).

La prescription des dons aux démunis (hébreu : מתנות לאביונים matanot laèvyonim) nécessite de faire un don à deux pauvres au moins ; elle a priorité sur le mishloah manot car la réjouissance des pauvres revêt, selon la tradition, une importance particulière devant Dieu. Il convient de ne pas faire de distinction entre quiconque et toute personne prête à accepter le don peut en bénéficier, y compris un non-Juif.

La symbolique de Pourim et sa signification globale apparaissent ainsi plus clairement. Au delà de la rédemption et de la libération potentiellement trouvées gràce à une intervention humaine, et gràce à elle seule, et pour les Juifs qui sont dispersés hors d’Israël, il existe une seconde rédemption qui se manifeste à travers la simple joie de vivre, et par le don matériel tant de la nourriture que de ce qui peut être nécéssaire à autrui et lui manquer. L’excès prêché durant la féte de Pourim est en fait une invitation à la modération le reste du temps.

Au delà de l’apparente célébration d’une quelconque vengance, ou d’une volonté de destruction, à l’égard d’Amalek, et justement par la réalisation des actes carnavalesques ou de travestissement, et tels que la destruction par le feu de l’effigie de Haman, et les autres attitudes excessives, incluant les mascarades, le message transmis par Pourim est que le Juif doit trouver un moyen de ne pas faire la différence entre son ami ou son ennemi, qui qu’il soit. C’est pour celà que « maudit soit Haman ! » deviendra identique à « béni soit Mardochée ! ».

La rédemption des Hébreux d’Égypte s’est ainsi accomplie à l’origine par l’intervention directe de Dieu. Par contre la rédemption des Juifs exilés ne peut s’accomplir que par l’intervention humaine. Le vecteur de cette rédemption est l’exécution par les Juifs du plan de Dieu qui agit « en voilant sa face » (hébreu : הסתר פנים Hester panim) c’est à dire de Dieu qui leur procure, par une voie indirecte, un moyen de choisir et de décider de quelle manière ils réaliseront leur mission. Ils disposent de la capacité à l’excès, et des ressources pour l’entretenir s’ils le désirent. Ils peuvent se saouler, se laisser aller à des manifestations blasphématoires, se faire la guerre et s’entretuer s’ils le veulent. Ils peuvent aussi, même s’ils sont soumis aux passions et à l’excès, agir de telle manière qu’ils rétablissent et maintiennent l’ordre des choses.

La mission des Juifs consiste ainsi en la construction de rapports d’égalité entre tous les Hommes, sans distinction de Judéité, d’Hébraisme, de genre, ou de quelque condition ni appartenance à un peuple quel qu’il soit. Tel est l’enseignement que nous pouvons apprendre de Pourim.

 

Français

L’un se demande comment il pourrait monter, du sol, sur le dos d’un chameau, et il ne voit en cette monture qu’un moyen de se déplacer plus rapidement pour traverser le désert.

L’autre, en contraste, apprend au chameau à s’asseoir, puis il lui apprend à se relever. Il s’éduque ainsi lui-même, et il forme de même sa monture, pour naviguer à travers le désert.

Tout est précieux dans le désert. La seule richesse personnelle qui puisse y être transportée est celle de la beauté. Vouloir y convoyer toute autre possession matérielle est une folie car ni homme ni bête ne survivront chargés de biens, dans cet univers aride et brûlant de soleil. C’est pourquoi le nomade prend particulièrement soin de sa personne, et de son âme, alors que le sédentaire s’acharne plutôt à l’accumulation des objets et des pensées.

L’un qui s’aventure dans le désert emmènera deux chameaux : le premier pour sa monture et le second pour transporter son matériel et une réserve d’eau, afin de pouvoir y survivre.

L’autre ne se préoccupera que de connaître et de trouver les points d’eau pour y abreuver sa seule monture, pouvoir s’y reposer et se régénérer, et ainsi continuer sa route.

Ainsi le désert est-il traversé par deux catégories bien distinctes de personnes. Les unes n’y passent que pour chercher à en sortir, alors que les autres en font leur territoire. Pour les uns le désert à une entrée et une sortie, un commencement et une fin. Pour les autres il n’est qu’un espace homogène, infini, dans lequel ils trouvent leur place de manière continue. C’est pourquoi le nomade vit dans le désert, alors que le sédentaire ne fait qu’y rêver.

Le désert n’a que deux saisons : le jour et la nuit. Il naît chaque matin au lever du soleil et il disparaît dans le froid au lever de la lune. Ainsi il inspire et expire de manière immuable et reste dans la permanence de son état à tout moment.

Le monde hors du désert est par contre soumis au cycle des quatre saisons. Il s’épuise ainsi à naître, à grandir, à resplendir puis à vieillir. Ainsi il ne connaît jamais sa pérennité et s’interroge constamment sur sa propre réalité, sans jamais pouvoir trouver de réponse.

 

English translation

One wonders how he could rise from the ground and climb on the back of a camel. He sees the camel in this way as a mere means to move faster to cross the desert.

The other, in contrast, teaches the camel how to to sit, then he teaches the camel to stand up. He educates himself, and his camel as well, to navigate through the desert.

Everything is precious in the desert. The only personal wealth that can be transported in a desert is beauty. Wanting to convey any other material possession is folly for neither man nor beast will survive loaded with goods, in this arid universe scorched by the burning sun. This is why the nomad takes special care of his person, and soul, while the more sedentary persists in the quest for accumulation of objects and thoughts.

One who ventures into the desert take two camels: one to ride for himself and the second to carry his equipment and a supply of water in order to survive.

The other will be concerned to know and to find points of water for his only camel to drink, and for himself being able to rest and regenerate, and so continue his journey.

The desert is therefore crossed by two distinct categories of people. Some go there for trying to escape away from it, while others make it their territory. For some the desert has one entrance and one exit, a beginning and an end. For others it is a homogeneous space, infinite, in which they find their place continuously. That is why the nomadic live in the desert, while the sedentary carry on dreaming about it.

The desert has only two seasons: day and night. It comes to existence every morning at sunrise and it disappears in the cold at moonrise. So the desert breathes in and out in an  immutable way, and it remains in the permanence of its condition at all times.

The world outside of the desert is submitted to the cycle of four seasons. It runs out to be born, grows, shines and then it ages and dies. So it never knows its durability and constantly questions its own reality, without ever finding an answer.

 

La célébration de la fête de Hannukah, qui se déroule selon les années entre la fin du mois de novembre et la fin du mois de décembre, trouve ses origines à partir de l’an -165 du calendrier Grégorien.

Le Second Temple de Jérusalem ayant été pillé, suite à la guerre civile opposant les Juifs traditionalistes aux Juifs hellénisés, et la pratique du Judaïsme ayant été interdite à partir de -167, sur les ordres d’Antiochus IV Epiphanes, dirigeant de l’empire Séleucide, un autel à la gloire de Zeus fut élevé dans le temple, et des porcs y furent sacrifiés pendant environ deux ans.

La révolte des Juifs, menée en particulier par Yehuda HaMakabi (« Judah surnommé Le Marteau »), qui s’ensuivit contre le pouvoir Séleucide, eut comme conséquence la réouverture et la réhabilitation du Temple comme lieu de culte Juif en -165.

– Le Livre des Maccabées, volume 1, (rédigé entre -175 et -134) nous révèle qu’une célébration de 8 jours fut alors décidée, afin de compenser pour les 2 années célébration des fêtes de « Sukkot » et de « Shemini Atzeret » qui n’avaient pu tenir place faute de lieu de culte et en raison de l’interdiction de la pratique du Judaïsme.

– Le Talmud, dont la rédaction (Mishna, premier volume de la consignation par écrit des traditions orales Judaïques) commença plus de 300 ans après cet évènement, relate le fait que de l’huile d’olive fut utilisée en -165 pour servir de combustible dans les chandeliers (menorah) qui devaient se consumer durant 8 jours consécutifs dans le temple. Or selon le Talmud les Juifs ne disposaient pas d’assez d’huile d’olive pour cette durée. Toujours selon le Talmud, les chandeliers brûlèrent cependant durant 8 jours et 8 nuits consécutifs et c’est ce miracle qui fit décider aux Juifs d’instituer une fête récurrente annuelle par la suite.

Note : pour le lecteur qui n’est pas familier avec la religion Juive, il existe un ouvrage antérieur aux Livres des Maccabées et au Talmud, la Torah (« Ancien Testament »), dont la rédaction fut achevée vers -200), et qui ne fait évidemment pas mention de ces faits postérieurs.

Il est consigné dans la tradition Juive le fait qu’ « une Mitzvah (un des 613 commandements du Créateur) est une bougie, et la Torah est la lumière ».

Il est aussi consigné dans la tradition Juive que « l’âme de l’Homme est la bougie du Créateur ».

Dans les temps anciens, les rues des villes étaient éclairées par des lampes a huile, et il y avait une ou des personnes responsables de la mise en service et de l’extinction de ces lampes dans chaque communauté urbaine. Ces personnes utilisaient un brûleur installé au bout d’un long bâton pour réaliser ce travail.

Les lampes à huile étaient ainsi disposées prêtes à l’usage, attendant simplement d’être activées.

Dans les temps anciens, il y avait aussi d’autres lampes a huile, par exemple au sommet des phares ou bien même sur la mer. On allumait des feux sur les plages aussi pour éloigner les vaisseaux, leurs cargaisons et leurs passagers des côtes dangereuses.

Il y a aussi d’autres lampes qui se trouvent dans des endroits interdits ou isolés, tels les déserts.

Il doit toujours se trouver quelqu’un pour allumer toutes ces lampes, afin qu’elles puissent remplir leur fonction et éclairer le chemin des autres.

L’âme de l’Homme est la bougie du Créateur, nous enseigne ainsi la tradition. Telles les lampes ou les phares, nos âmes sont aussi toujours prêtes à être éclairées. Parfois l’âme de notre prochain est juste à côté, accessible, et parfois elle est perdue au milieu d’un désert ou à la dérive sur un océan.

L’enseignement de la tradition Juive nous apprend qu’il doit toujours se trouver quelqu’un pour allumer les lampes que sont nos âmes. Cet enseignement nous apprend aussi que celui ou celle qui se charge de cette mission doit souvent oublier son confort et ses priorités, pour, tel l’allumeur de réverbère avec son bâton, faire un effort afin d’atteindre le Vaisseau dans lequel brûlera la flamme.

– A partir du 17ème siècle, sous l’influence de Israel ben Eliezer (1698–1760), puis au 18ème siècle, sous l’influence de Rabbi Isroel « Baal Shem Tov » ben Eliezer (רבי ישראל בן אליעזר ; né le 22 mai 1760) le mouvement Hassidique « orthodoxe » Juif a pris forme, et celui çi justifie une partie de sa doctrine sur la privilégiature de l’individu et de sa sincérité intrinsèque, ainsi que sur la mise en prépondérance de la sainteté « cachée » de l’homme ordinaire. Ceci s’inscrit en contradiction avec la tradition Judaïque « légalistique » ancienne, qui concentrait la pratique religieuse sur la seule et stricte observance des préceptes du Talmud, et sur le confinement du privilège de communiquer et de réaliser les commandements du Créateur à une élite lettrée, régulière et non séculière, et investie de pouvoirs quasi prétoriens.

La signification de l’origine, de la pérennité et de la pertinence de la célébration de Hannukah parmi les Juifs peut alors être mieux comprise. Les messages du Livre des Maccabées, de la tradition orale Juive et du Talmud deviennent clairs. En effet, point n’est besoin d’être un « Chassidim » (un Juif Hassidique « orthodoxe ») ni d’être un Juif se prévalant d’une autre modalité du Judaïsme quelle qu’elle soit, pour être en mesure de réaliser la mission dont le Créateur a investi l’Homme.

La mission de tout Juif qui exerce sa foi est ainsi simplement d’assurer cette fonction de vecteur de l’illumination de l’autre.

La Providence Divine a précisément amené les Juifs, à travers l’Histoire, aux quatre coins du monde et dans les endroits les plus inattendus, à travers les déserts et les mers, comme il est d’ailleurs décrit dans la Torah (l’Ancien Testament), afin qu’ils puissent réaliser cette mission.

Tel est d’ailleurs, à mon avis, l’un des sens du concept de « Peuple élu », qu’il ne faut alors pas prendre au premier degré (dans l’interprétation sémantique du « seul » Peuple qui serait « élu », que certains Juifs adoptent avec une arrogance déplacée), mais bien au contraire considérer dans la perspective « d’un Peuple élu parmi les autres » pour la seule raison qu’il connaît cette vérité depuis sa genèse et que sa mission, et le bien-fondé de son existence et de sa pérennité, sont précisément justifiés par sa connaissance et la pratique, avec joie, de son devoir envers son prochain et envers l’Humanité.

Ainsi, Hannukah, le « Festival des Lumières », prend-il toute sa signification et sa splendeur.