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Alors on va parler du principe des 35 heures de travail hebdomadaire.

Nous devons cette merveille qui nous permet de bénéficier d’une meilleure qualité de la vie, et de plus de temps libre, au Président Chirac, grâce à la loi historique du 19 mai 1998, complétée par la non moins fameuse « réforme des 35 heures » mis en application par le gouvernement Jospin en 2000, et maintenue mordicus par le gouvernement Hollande en 2016. Suite d’ailleurs à une pression populaire immense, des émeutes, et un bon nombre de « nuits debout » que tout le monde a maintenant oublié.

« Une victoire pour les travailleurs et les citoyens Français » selon de nombreuses personnes.

« C’est un droit, un acquis, intouchable, garant de notre intégrité personnelle » pour d’autres.

Une victoire à la Pyrrhus, cependant, car la réduction du temps de travail de 1 heure par jour a eu des conséquences que peu d’entre nous ont pris le temps de mesurer, à leur échelle personnelle.

Alors, si l’on calcule (voir le tableau n°1 ci-dessous) la différence de salaire entre une personne qui aurait travaillé 39 heures par semaine au lieu de 35, tout au long de la période de 20 ans depuis laquelle la loi Chirac a été votée, les chiffres sont assez parlants…

Une personne gagnant le SMIC aurait gagné 60 480 € de plus. Quand à une personne gagnant smic x 2 en aurait gagné  120 960 € de plus. On peut arrêter à celui qui gagne smic x 3, personne au sujet de laquelle on arrive à la somme d’environ un quart de million  (241 920 € de plus).

– Déjà, avec 60 plaques et au SMIC, t’aurais pu t’acheter cash une voiture neuve tous les 5 ans. Sans emprunter ni payer de crédit. Jamais. C’est un exemple.

– Avec smic x2 (disons en ce qui concerne les gens qui bénéficient d’un revenu  compris entre le salaire mensuel moyen des Français qui est de  2 082 € mensuels, et le salaire plafond « médian » que gagnent environ 40% (10,4 millions d’entre nous) des Français (soit 3 317  € mensuels), c’est un studio ou même une maison F2 que tu aurais pu t’acheter, de nouveau sans emprunter.

-Avec 250 000 euros de plus t’est le roi du pétrole, c’est mieux que gagner au Loto…

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Tableau 1.

Moi ça me fait rêver des trucs comme ça.

Parce que tu sais combien de fric ça représente quand tu multiplie ces chiffres par les 13 millions de personnes au SMIC plus les 10,4 millions de personnes au « médian » ?

Eh bien cela s’additionne à 2 701 046 MILLIONS d’euros. Oui… 2,7 milliards. En fait, si tu considères les 10% de la population active restante, qui gagnent beaucoup plus on peut ajouter encore un peu moins d’un milliard d’euros.

Donc ce sont 3,4 milliards d’euros qui, au lieu d’aller dans la poche des personnes, puis d’être reversées dans une économie qui pourrait être dynamique, sont allés dans les caisses des organismes de financement, des banques, et de leurs agents intermédiaires.

3,4 milliards d’euros circulés dans le secteur tertiaire, avec comme source l’argent de ceux, toutes catégories de salaires confondues, qui travaillent 35 heures seulement par mois, et qui sont donc obligés d’emprunter.

Ce n’est pas étonnant que les gouvernements, qu’ils soient de droite, ou de gauche, ou prétendument « socialistes » n’aient jamais rien fait pour abroger cette loi absurde. Ce n’est pas étonnant non plus que les lobbies de ceux qui prêtent à intérêts aient tout fait pour obtenir que le status quo reste solidement ancré, en droit, et dans l’esprit des gens.

Tous ces gens-là en vivent de ces milliards que nous sommes obligés de financer au lieu de pouvoir les gagner librement avec notre travail, puis les dépenser ou les investir à notre profit.

En fait, le système dans lequel on vit n’est ni « capitaliste », ni « libéral économiquement » : nous vivons dans un système « totalitaire à tendance communiste délibérée ».

Passons maintenant au manque à gagner pour l’état à cause de tout cela (voir tableau n° 1 ci-dessus, seconde partie).

Si l’on calcule les charges et déductions non perçues au taux de 82% (ce qui est la réalité actuelle en 2017) (voir tableaux n°2 et n°3 ci-dessous), ce sont  2 798 414 MILLIONS d’euros (presque 2,8 milliards) que l’état n’a ainsi pas pu collecter au cours des dernières 20 années.

Avec 2 200 (oui, deux mille deux cent) MILLIARDS (pas des millions) d’euros de dette publique (qui augment au taux effarant de 2 605 euros la seconde, au 3 avril 2017), il est certain que les gouvernements Français successifs ont d’autres chats à fouetter que de se soucier d’un peu moins de 3 milliards (cela ne représente que 0,13% de la dette publique en 2017.

Même combat en ce qui concerne les 2,5 millions de bénéficiaires du RSA, qui coûtent à l’état, et aux collectivités territoriales la somme rondelette de 1 milliard et 175 millions d’euros tous les mois !!!

L’état n’en a donc rien à battre d’avoir eu un manque à gagner de 2,8 milliards sur une période de 20 ans, c’est une goutte d’eau dans l’océan au niveau des comptes publics.

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Tableau 2.

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Tableau3.

C’est donc bien toi et moi, les bédouins de base, qui sommes les victimes des 35 heures.

Et personne, ni en haut lieu, ni en lieu « financeur » n’a intérêt à ce que cela change.

Pour conclure je vais te donner un exemple de cas concret, le mien, par rapport à ce que les « 35 heures » ne m’ont pas fait subir car d’une part j’ai vécu et travaillé en France avant 1987, et d’autre part, pendant les 33 années suivantes j’ai vécu et travaillé au Canada, aux USA, en Asie, et en Amérique Centrale, et à mon compte.

J’ai appliqué les formules des tableaux ci-dessus en utilisant 40 heures de travail hebdomadaire + 2 heures de travail quotidien supplémentaires, car je n’ai jamais de ma vie pris 2 heures pour déjeuner le midi, ni mis mon activité en suspens, toutes affaires cessantes, à cette heure-là de la journée.

J’ouvre une parenthèse à ce sujet, pour digresser sur le fait que, si les commerces et entreprises (autre que « de bouche ») restaient tous ouverts entre midi et 2 heures, cela aurait permis de créer environ 5,5 milliards de rémunérations pour des personnes sur la période de référence de 20 ans que j’utilise dans cet article. Ces personnes auraient pu juste travailler à temps partiel.

Mais cela… c’est une tout autre histoire ; revenons-en à nos moutons et à nos bédouins.

Dans mon cas, donc, j’ai gagné environ smic x4 (soit 36 euros horaires) en moyenne toute ma vie.

Bin voui, j’ai fait 4 ans d’études universitaires et passé aussi des concours. Et j’ai aussi pris des « risques » « avec ma carrière et mon job » toute ma vie. Et je me suis expatrié, avec un aller simple pour seule garantie de ce qui allait se passer pour le reste de ma vie.

En appliquant les formules que j’ai définies, j’ai ainsi pu gagner 1 451 520 euros DE PLUS que si j’avais été soumis au diktat des 35 heures et des 2 heures de bouffe quotidiennes. Il faut répartir ça en deux tranches de 725 000 euros pour être vraiment précis au niveau des calculs et de l’interprétation qui peut en être faite (20 ans avant 1998 et 20 ans après 1998).

Alors, tout ce que j’ai vraiment envie de dire au sujet de tout ceci c’est que les personnes qui se plaignent de ne pas avoir assez de pognon, ou qui abhorrent, détestent, et envient, celles qui se sont enrichies par leur seul travail et sans aucune spéculation, eh bien ces personnes n’ont qu’à commencer par ne pas voter pour des gens qui leur maintiennent la tête sous l’eau, et qui les empêchent de travailler le nombre d’heures qu’elles souhaiteraient pouvoir  bosser (pour les gens qui ont effectivement envie de bosser, les autres ils s’en foutent royalement de tout ça).

C’est tout pour aujourd’hui.

Cela faisait 2 ans que je n’avais publié aucun article; ça fait du bien !!!

Voici une expérience réelle, que j’ai vécue ce matin, pas en Bretagne mais dans le Sud Ouest, dans ma campagne Audoise peuplée de « Chauriens » bien rudes d’un côté, et de Carcassonnais bien fiers de l’autre, tous de bons Français « terriens ».

A l’origine, ma demande de basculement de ligne ADSL de mon logement d’hiver à mon logement d’été, 20 mètres plus à l’ouest et dans le même corps de ferme.

L’été passé cela avait pris 72 heures, un technicien de France Télécom / Orange ayant su faire le boulot pour lequel il est payé, c’est à dire cliquer une boite de dialogue sur l’écran de contrôle du switch Internet contrôlant mes lignes téléphoniques physiques, pour y indiquer que dorénavant l’adresse IP dynamique devait être assignée non plus sur l’une, mais sur l’autre des lignes.

Temps passé pour l’opération entière : 15 minutes d’attente de ma part sur le serveur vocal d’Orange, puis 5 minutes pour expliquer le deal à l’opératrice, 1 minute de saisie informatique pour elle aux fins de transmettre la requête au service technique, puis 20 secondes pour le technicien intervenant au final. Coût : négligeable (sauf mon coût sur un « numéro vert » !). Efficacité : totale de la part de France Télécom. Satisfaction : grande.

Cette année, je fus d’abord connecté par la voix au call center d’Orange, situé quelque part au bled, entre Tunis, Mostaganem et Dakar (c’est vrai, c’est là où se trouvent les call centrers de France Télécom), et il me fallut plus de 20 minutes de dialogue ardu pour arriver à faire comprendre le thème de ma requête à mon interlocutrice…

Après plusieurs allers-retours vocaux, et « je vous met en attente merci de patienter monsieur pradel », Proserpine me dit enfin « on va transmettre votre demande au service technique qui va s’en occuper ». Le délai qui m’est annoncé est, cette année, de… 14 jours.

15 jours plus tard, toujours pas de connexion ADSL…

J’appelle de nouveau le 3970. Serveur vocal magnifique, payant, qui finit par m’annoncer glorieusement, après que j’aie pressé 1, puis 2, puis 4, puis je ne sais plus combien d’options, et après m’être époumoné à essayer de dire verbalement au robot serveur des choses qu’il ne comprend pas, que mon temps d’attente sera de moins de 8 minutes.

Le serveur a quand même entre temps le culot de me suggérer, moi qui n’ai plus aucun accès à l’Internet là, de me rendre sur le site orange.fr pour y trouver une solution à mon problème…

52 minutes plus tard, je suis toujours en attente, et la rengaine musicale du serveur commence à me rendre dingue, donc je raccroche. Puis je rappelle. Même rengaine, même suggestion de renvoi sur orange.fr (bien sûr : si je suis au téléphone c’est parce que je dois être suffisamment distrait, ou idiot, pour n’avoir pas pensé à me rendre sur le site Internet, pas vrai ?)…

Finalement, 20 minutes après, une collègue de Proserpine me répond.

Là, c’est le drame. Incompréhension totale de la part de la demoiselle. Elle ne sait pas ce que « basculer » une ligne adsl vers une autre veut dire…

L’Auvergnat, homme rude habitué à l’hostilité des steppes volcaniques en altitude, sait rester courtois, cependant il lui arrive de péter un câble (téléphonique et adsl bien entendu).

J’informe donc Jézabel de mes sentiments « bien mademoiselle, ça fait deux semaines que j’attends, et que je dois bosser chez moi avec 20 mètres de câble qui traversent la cour, alors que la seule chose qui et faire de votre côté est de communiquer à un técos la référence de mon contrat et mon numéro de ligne adsl, pour qu’il appuie sur un bouton : donc vous allez me mettre en relation vocale avec un técos immédiatement pour que je puisse lui expliquer moi même ce qu’il doit faire ».

Notre amie s’exécute et je suis alors connecté avec un homme dont je reconnais l’accent Sénégalais ( je ne plaisante pas : je parle un peu de Wolof et j’ai passé pas mal de temps là bas…). C’est un técos.

J’explique à l’homme de la situation. Il comprend à peu près.

« monsieur pradel, nous envoyons un technicien chez vous demain matin à 8 heures 30 ».

Je prends congé de mon interlocuteur après moult remerciements. Bon ça va le faire…

Je reçois un sms me confirmant tout cela dans la foulée, avec la mention sibylline « vous serez facturé 79 euros pour cette intervention ».

L’Auvergnat, homme dont l’avarice est légendaire, sait rester calme lorsqu’il a envie de jeter son portable à travers le mur, car détruire son portable coûte des sous.

L’Auvergnat termine donc sa journée, se couche et dort du sommeil du juste attendant le technicien qui viendra demain matin à partir de 8 heures 30.

7 heures 15 du matin, le portable de l’Auvergnat sonne « bonjour monsieur pradel, on est là, c’est France Télécom, désolé de vous réveiller ».

Les mecs sont deux, avec un camion qui porte une… grue… Tout ça pour une prise murale adsl. Enfin, bref…

Je dois leur expliquer que non c’est pas un panne, j’ai juste déménagé la porte à côté, comme l’été dernier, et personne chez vous a poussé le bouton qu’il fallait sur le switch…

Ils sont cool les técos. On trouve les boitiers d’arrivée des lignes adsl, côte à côte, et, comme je leur ai dit qu’il ne serait pas question pour moi de payer 79 euros parce que l’ensemble de la chaîne de service clientèle de France Télécom est incompétente, ils me montrent qu’en fait on va juste tirer une prise puis la rebrancher à côté, et le tour sera joué. Même pas besoin d’intervenir sur le switch chez eux : on berne le système au niveau physique, et voila.

Je leur offre un café.

Alors je leur dis « bon quand même il faut faire remonter l’information au sujet de cet épisode, car ce problème doit arriver à d’autres, et manifestement votre management n’est pas au courant : connaitre ce genre de problème, qui cause le déplacement de deux techniciens avec un gros camion, va permettre de le résoudre et d’améliorer tant la qualité du service à la clientèle de France Télécom, que de réduire vos coûts d’exploitation ».

ET là…

L’un des técos me dit « bin en fait, on va faire un rapport qui dira qu’il y avait un problème au niveau du boitier central d’arrivée adsl de l’ensemble de la propriété, comme çà vous ne serez pas facturé ; on préfèrerait que vous ne faisiez pas de rapport au sujet de votre problème ».

Ma mâchoire inférieure se détache de mon squelette et tombe dans mon bol de café.

Je prends une grande respiration.

« Écoutez les gars, d’abord vos call centers sont tenus par des gens qui ne comprennent d’une part pas bien le Français, et sont là bas à tataouine, et qui d’autre part ne comprennent rien à la technique de la téléphonie. Pour moi c’est le premier problème. Le second problème c’est que l’information ne remontant pas, pour cette raison, correctement à votre niveau, votre société, France Télécom, perd du fric à tour de bras –puisque au final vous n’allez pas me facturer ».

Le técos me regarde et me dit « ah mais nous on est pas France Télécom, on est des sous traitants, privés, d’une société de Carcassonne ».

Je commence à hyper ventiler, mais avant que j’aie le temps d’ajouter quoi que ce soit, Giuseppe Dupont Von Hohenzollern me dit « d’ailleurs, vous allez recevoir un email vous demandant d’évaluer votre expérience au sujet de notre intervention et je me permets de vous demander de répondre ‘100% satisfait’ au sujet de l’intervention, et surtout, surtout, de répondre ‘oui’ à la question numéro 8 ‘recommanderiez-vous Orange à des personnes que vous connaissez’ ; vous comprenez c’est sur ces deux critères que notre société est jugée, et ça nous permet de garder le marché, sinon on a des concurrents sur Narbonne, et Toulouse, qui nous le piqueront. En plus, vous savez, on fait ce genre de rapport bidon tout le temps comme ça les gens de paient rien et nous de toutes façons on est payés par France Télécom ».

Les deux bras m’en tombent. Un ange vêtu d’une combinaison de técos, et armé d’un arc tendu par un cordon téléphonique, passe au plafond. Il me décoche une flèche dans le cul. Je couine en silence.

Je prends une autre cigarette, je l’allume, reverse du café à mes gars, et là je leur donne le coup de grâce, qu’ils m’ont obligé maintenant à leur infliger.

« Bon, vous m’êtes sympathiques, et j’apprécie au plus haut degré le fait que grâce à vous je n’aurai pas à payer 79 euros. Vous faites votre boulot très bien et vous exécutez les ordres que vous recevez. Vous n’avez pas le choix. Mais il faut que je vous dise quelque chose là ».

Deux points d’interrogation apparaissent au dessus des têtes souriantes des garçons.

« Le call center de la boite qui paie la boite qui vous paie est situé hors de France. C’est une conséquence logique d’une politique qui a été menée par tous les gouvernements depuis plus de 30 ans, et dont le résultat est la destruction de l’ensemble du tissu productif Français, dont vous êtes parmi les derniers représentants, encore que, et ne voyez aucune ironie de ma part ici, vous ne soyez que des prestataires du secteur tertiaire, et pas de productifs industriels ou artisanaux. »

Soixante quinze points d’interrogation apparaissent au dessus des têtes inquiètes des garçons.

« Pour cette raison, et parce que je souhaite que des gens comme vous, des travailleurs locaux, gardent leur emploi, et que la boite locale pour laquelle vous bossez garde son marché, je ne ferai pas de rapport à France Télécom. Cependant je vous invite à réfléchir à ce que je vais vous dire maintenant. Combien de temps pensez-vous que cette économie artificielle, dont vous êtes les acteurs volontaires, et les bénéficiaires directs, va durer ? Vous travaillez pour une entreprise qui pompe les caisses de France Télécom –et France Télécom, nommée Orange depuis le 1er juillet 2013, est maintenant privatisée ; cependant l‘état en reste actionnaire à 27%- . Donc environ le tiers des pertes d’exploitation de France Télécom est financé par les contribuables, dont vous, et moi, faisons partie, les garçons. Ne pensez-vous pas que vous faites corps avec, et êtes les complices, d’un système et d’un processus qui amènera la société qui vous emploie, son principal client (Orange), et vous mêmes et vos familles et vos enfants, à une situation d’échec et de faillite un jour ? ».

Deux paires d’yeux se baissent. Je reste à les regarder bien en face.

Je me lève de ma chaise. Il est temps d’arrêter le supplice. De part et d’autre.

Mes compagnons se lèvent, on se serre la main, et ils prennent congé.

Je ne paierai donc pas les 79 euros. Moi aussi je deviens le complice de cette gigantesque hypocrisie, une bouffonnerie économique et une machine infernale qui va exploser un jour, bientôt peut être. J’en paierai moi aussi le prix, ce jour là.

Au moins je n’aurai pas payé deux, pardon, trois, fois…

Comment tout niquer : un titre volontairement « décalé », pour un article écrit dans un style léger aujourd’hui, qui utilise la dérision pour traiter un d’un profond sujet qui nous touche toutes et tous de près tout au long de notre vie.

L’œuvre de Pindare (poète grec, Vème s. av. J.-C. ) nous a légué un proverbe : « Il vaut mieux réussir et supporter les regards envieux, que d’être misérable et de bénéficier de la compassion », et ainsi il vaut mieux faire envie que pitié, et il vaut mieux rire de certains sujets que d’en pleurer.

Au fait, donc :

La méthodologie ici présentée n’est pas un guide d’utilisateur à l’attention des seules personnes qui sont orientées vers les relations multiples entre célibataires disponibles, ou les relations polyamoureuses ou « ouvertes », et nous disposons de fortes preuves anecdotiques du fait que les outils de travail mentionnés ci dessous peuvent aussi être fort utiles pour parvenir à niquer toutes sortes de relations, et en particulier monogamiques ; avec un peu de créativité, ces outils peuvent aussi être mis en œuvre avec succès dans des domaines tels que les amitiés et les relations avec ses collègues de travail, ses voisins, voire même, pour les champions de la discipline, avec de parfaits inconnus.

Nous présentons donc ici des méthodes initialement soigneusement testées pour faire des erreurs dans les relations entre célibataires, ou les relations polyamoureuses. Avec l’application et l’ingéniosité requises, ces méthodes peuvent donc aussi altérer ou détruire tout type de relation. Ainsi les outils dont nous faisons ici l’inventaire sont ils des outils vraiment polyvalents. Nous publions cette annonce pour votre considération, toute responsabilité expresse ou implicite de notre part quand aux résultats qui peuvent être obtenus étant dégagée.

1. Mentir. Ceci est fondamental et efficace. Pour maximiser de mauvais résultats, le mensonge doit affecter quelque chose d’important pour l’autre personne. Prendre des dispositions pour être soi même partie prenante de l’objet et de la dimension du mensonge de telle manière à produire un choc maximal à l’autre augmente les chances de résultats catastrophiques. Des points de stress additionnels vous seront attribués pour garder le mensonge secret pendant un certain temps avant sa découverte par l’autre, ce qui augmente la désorientation et le sens de trahison de la personne trompée par le mensonge. Étendre le domaine du mensonge au sexe obtient deux points supplémentaires. Mentir sur le fait d’être marié triple le nombre des points déjà obtenus. La créativité au moyen de mensonges par omission (par exemple « ne pas dire »), lorsqu’elle est soutenue par des éléments fantaisistes, des rationalisations extrêmes, et de la condescendance, permettent d’obtenir des étoiles d’or.

2. Éviter la connaissance de soi. Ceci est plus élégant que la stratégie 1, car cela implique de combiner un large et profond éventail de déni, agrémenté de récréations périodiques pour soi-même. Cette tactique est plus efficace lorsqu’elle est combinée avec les tactiques 3 et 4. Un comportement autodestructeur ou une propension à la dépendance, qui ont également été testés et prouvés par nos chercheurs, sont très efficace pour éviter la connaissance de soi. Lorsque combinée avec une attitude d’impuissance et d’auto victimisation attachante, cette stratégie s’est avérée efficace pour attirer les «sauveteurs» ou «les chevaliers brandissant leur étendard blanc», sur lesquels l’on peut alors pratiquer les stratégies 4 et 3, dans cet ordre.

3. Blâmer l’autre personne. Si quelque chose tourne mal, bon, ce doit être de leur faute, non? Ceci élimine le besoin pour s’impliquer ou perdre du temps avec des choses dégradantes telles que la communication et la négociation, qui peuvent être gênantes, en particulier si l’on utilise la stratégie 2.

4. Décliner toute responsabilité. Ceci est un peu plus complexe que la stratégie 3, et comprend la réalisation de ce qui est souvent appelé la «co-dépendance». La méthode classique pour jouer cette stratégie est de répondre au partenaire impliqué en réprimant ses propres désirs et questions. Ceci permet de construire au prélable une bonne dose de ressentiment, et l’on peut ensuite justifier de sa colère en disant qu’on a tant * fait * pour son partenaire et qu’on n’a même pas été remercié pour cela. Dans son état le plus raffiné, cette stratégie permet de rendre l’autre personne seule responsable de l’orientation, du rythme, et du contenu, de la relation, et on peut ainsi facilement les en blâmer si nos propres attentes ou besoins ne sont pas satisfaits. Utiliser la stratégie de 2 pour pouvoir éviter d’acquérir à tout prix la connaissance de ces attentes et besoins double automatiquement le nombre de vos points.

5. Pousser à bout. Ceci est un art, même si il s’agit d‘un art quelque peu brut de fonderie. Lorsqu’on le combine avec la stratégie 6, pousser à bout permet d’obtenir des résultats négatifs spectaculaires en très peu de temps, et avec un minimum d’effort. Rappelez-vous que, lors de la poussée à bout, seulement * votre * satisfaction compte! Nous vivons dans un monde où les loups mangent les loups, et vous êtes un tigre sauvage. L’intimidation émotionnelle et psychologique peut aussi constituer une alternative satisfaisante à la bonne vieille contrainte physique, et n’ouvre pas aussi facilement la porte à des poursuites judiciaires.

6. Jouer sur l’insécurité. Ceci est une des armes les plus anciennes et des plus efficaces. Utiliser l’insécurité sexuelle comme une arme et en combinant cette stratégie avec la stratégie 5 vous permet de gagner quatre étoiles. Tenter de contrôler son partenaire par la manipulation de ses insécurités est une tactique infaillible de niquage jusqu’à l’os. Il s’agit donc d’une tactique beaucoup plus délicate que celle qui consiste tout simplement à les frapper ou à les battre, cependant le préjudice émotionnel résultant peut être remarquablement similaire.

7. Éviter l’intimité. Cela peut sembler paradoxal; après tout, nous sommes en train de parler de l’obtention de près de relations et de contacts très personnels avec autant de filles et de gars à la sexualité torride que nous désirons et – Euh, hum, hum… – enfin, bref, hum, nous parlons de la réalisation satisfaisante de relations de proximité et de promiscuité avec un certain nombre de gens, non ? L’astuce pour éviter l’intimité peut être mise en œuvre de plusieurs façons, mais la plus simple est de confondre intimité avec « frotter des morceaux d’objets glissants ensemble». Remplacez les mots «sexe» et «amour» l’un par l’autre souvent dans les conversations. Répétez le mantra: «Si tu m’aimais, tu saurais ce que je veux ». Pratiquez assidûment en parallèle la stratégie 8, en la complétant avec la stratégie 2. Selon les besoins du moment, mettez un point d’honneur à comprendre si une action, ou bien des mots, sont plus susceptibles d’être ambigus ou mal interprétés pour l’autre, et choisissez l’option qui vous donne la possibilité d’exprimer un démenti plausible plus tard. Certains individus exceptionnellement talentueux réussissent à donner l’impression d’être intime tout en restant vus comme des culs froids avec succès et pérennité. Étudiez le principe des pointeurs utilisés par les commerciaux pour accomplir leurs ventes. Les personnes ayant de bonnes phrases toutes prêtes entrent dans cette catégorie, surtout si les phrases comprennent des explications sur la façon dont ils accordent * vraiment * de la valeur a l’autre personne.

8. Ne pas parler. Parler a été identifié comme un moyen d’en arriver à la communication, si pratiqué négligemment. La communication va sérieusement nuire à votre niquage, en ralentir les progrès, et dans certains cas peut en arrêter ou inverser le processus entièrement. Si vous * devez * parler, utilisez des clichés et des citations de chansons populaires, autant que possible, ou, en désespoir de cause, rabattez vous sur la stratégie numéro 1.

Si tout le reste échoue, établissez un accord sur les rapports sexuels protégés avec votre partenaire et puis brisez cet accord unilatéralement, contractez une maladie transmissible à propos de laquelle vous ne direz rien à l’autre. Le double de points vous sera attribué pour éviter entièrement toute discussion ou négociation de questions sexuelles de sorte que «l’accord» n’aura été qu’un vœu pieux et totalement contestable. Pour un coup de grâce, ajoutez la stratégie 6 et dites à l’autre que ce ne serait pas arrivé si il avait su vous satisfaire comme il était censé le faire.

9. Pour accomplir le méta-ultime niquage, restez * techniquement * fidèle à votre partenaire tout en brisant sciemment l’esprit de tout accord que vous avez passé ensemble chaque fois que possible, et gardez la connaissance de cet état de fait un secret, pour vous assurer du maximum de peur, de honte et de ressentiment. Certaines personnes gagnent le grand prix avec la palme de feuille de vigne-et-ortie incrustée d’or pour la souffrance auto-infligée et le potentiel gaspillé, en réussissant à maintenir cette stratégie jusqu’à ce que la mort ne les sépare, cachant à l’autre le fait qu’ils ont été la source d’un bonheur total et honteux pour elles toutes ces années.